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On chantait quand même

Pendant l'Occupation, la radio continue de fonctionner. Les radios faudrait-il préciser, tant les fréquences officielles ou interdites ont diffusé musique et messages en permanence, entre 1940 et 1944.

Ce spectacle est le reflet de ces mondes radiophoniques multiples, donnant aux chansons statut de symboles. Chansons pour les troupes, cabaret, chansons mondaines, chansons d'exil, chansons intimes, chansons résistantes, chansons allemandes...

« Pour ce spectacle, explique Serge Hureau, nous traitons notre public en auditeurs de TSF. Les musiciens auront revêtu la blouse des techniciens de la radio, jouant des paysages sonores à coup d’instruments ou d’électronique primitive. Nos chanteurs, tantôt prennent des airs de speakers, tantôt épousent, jouant de leur invisibilité, toutes les voix d’une époque. Toute la saveur réside dans le contraste entre donné à entendre et donné à voir. »

Ainsi, les quatre hommes d’On chantait quand même sont-ils davantage l’équipe imaginaire fabriquant sons, voix et musique du poste de radio lui-même qu’une équipe de studio, travestissant voix et son, passant d’une station à l’autre aussi vite que se déplace le curseur sur la bande hertzienne…

Commençons par les émissions du Poste National (fruit de la nationalisation de Radio-Paris en 1933) de l’été 1939 au 17 juin 1940, date à laquelle il cesse d’émettre avec la demande d’armistice. On y chante « Il n’est pas distingué » (paroles : Marc Hély, musique : Paul Maye), qu’ont enregistrées Fréhel et Piaf notamment, mais surtout du swing !

Puis, dès le 5 juillet 1940, l’occupant regroupe les cinq stations d’avant-guerre (les radios publiques : le Poste national, la Radio PTT, Radio Tour Eiffel et les deux privées : Le Poste parisien et Radio-Cité) et les placera rapidement sous la direction de sa Propaganda Abteilung Frankreich. La radio issue de ce regroupement, outil de propagande, de contrôle et de censure pour les occupants, est nommée Radio-Paris : Tino Rossi (« Quand tu reverras ton village »…) y verse la suavité de sa voix haut perchée et langoureuse, Maurice Chevalier (« Ça sent si bon la France », « La chanson du maçon », …) y célèbre la virilité et le machisme des gars de Ménilmontant… tandis que Jo Bouillon en dirige le grand orchestre.

La mode de Radio-Paris est aux voix sirupeuses et hautes (André Claveau, Jean Lumière, Georges Guétary, Réda Caire, Tino Rossi) ou martiales (André Dassary). Les principes de Pétain sont distillés par les chansons (« Être maman » de Louis Merlin et Louiguy, par la voix d’Elyane Célis célèbre l’invention de la Fête des Mères par le Maréchal, André Dassary donne l’exemple aux Français avec son interprétation très swing (style pourtant officiellement réprouvé) de « Maréchal, nous voilà ! » ; l’antisémitisme y est de mise, dans les exposés pseudo-scientifiques comme dans les chansons (« Il était juif juif juif, avec un grand pif pif pif… »).

A Londres, autre son. Graves, Druon et Kessel se sont emparés d’une chanson en russe d’Anna Marly pour en faire l’hymne de la Résistance : « Le chant des partisans ». Caustique, Pierre Dac (« Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » sur l’air de La Cucaracha) recrute les chanteurs de son petit chœur parmi les téléphonistes et les techniciens français de Radio-Londres, pour interpréter les parodies ironiques des succès de Maurice Chevalier, de Charles Trenet ou de… Beethoven pour ridiculiser les nazis et épingler les collaborationnistes.

La Radio Nationale, basée à Vichy, et son antenne marseillaise, pour être sous contrôle de Vichy, balance entre glorification du « génie français » par les chansons traditionnelles (entreprise à laquelle s’attache la vieillissante Yvette Guilbert), propagande d’extrême droite et une certaine hospitalité : Germaine Montero, fuyant Paris, devient pensionnaire à la Radio nationale de Marseille, alors qu’elle chante par intermittence à Radio-Lausanne.

A Alger, Jacques Canetti fonde Radio-France, où viennent chanter les artistes qui ont fui la France collaborationniste, jusqu’à Agnès Capri qui a ouvert son cabaret à Alger même.

La Radio Suisse-Romande à Lausanne a accueilli des artistes réfugiés, comme Marie Dubas, grande vedette de l’entre-deux-guerres persécutée par le régime de Vichy pour ses « origines juives », y enregistre le déchirant « Ce soir je pense à mon pays », chanson exprimant tous les exils.

Une chanson, dont l’histoire est très liée à la radio, voyage d’un camp à l’autre durant cette période : face B du semi-échec discographique d’une chanteuse allemande peu connue, Lale Andersen, Lily Marleen se trouve diffusée quotidiennement par Radio Belgrade pour les soldats allemands à la faveur du bombardement de l’entrepôt de disques. Plébiscitée par les auditeurs germanophones qui en font une sorte d’hymne officieux de la Wehrmacht, elle est aussi adoptée par les soldats britanniques du front africain. De proche en proche, elle devient une chanson alliée, notamment dans l’interprétation qu’en donne le nouveau soldat américain Marlene Dietrich, en anglais. Destin curieux d’une chanson échappant à la guerre des propagandes pour incarner les souffrances et les espoirs des combattants.

Radio Berlin est évoquée avec « Der Wind hat mir ein Lied erzählt » interprétée en 1937 par Zarah Leander,  « Mein blondes Baby », chanson de 1933 interprétée par Marlène Dietrich et « Nur nicht aus Liebe weinen », chanson du film Pages immortelles de Carl Froelich, interprétée par Zarah Leander en 1939.

Avec :
Serge Hureau : mise en scène, chant
Olivier Hussenet : chant
Lionel Privat : instruments et arrangements
Raphaël Sanchez : piano et arrangements

Une production Le Hall de la chanson

Devis sur demande

Spectacle

On chantait quand même

Chansons et radios pendant l'occupation

Chansons & Radios pendant l'occupation - 1ère partie